Accueil Date de création : 24/05/08 Dernière mise à jour : 19/06/08 13:45 / 9 articles publiés

Interview de Laurent Lunetta  posté le jeudi 19 juin 2008 13:45

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    Zombies landais:  le triste  bilan  (2003)  est le premier film landais  qui  traite  de zombies  landais. On y découvre, sous forme documentaire, le sort réservé aux morts vivants de Banos (c'est dans les Landes). Les co-réalisateurs, l'un cliniquement vivant, l'autre déjà mort (paix à son âme), ne nous épargnent rien: camps de gavage, mariage post mortem et tronchade sont au programme. Rencontre avec Laurent Lunetta (puisque c'est celui qui est vivant), co-réalisateur donc, de ce court métrage pas comme les autres.

Stan Lubrick: Avant de parler du film Zombies landais: le triste bilan, un mot sur la disparition de son co-réalisateur Arnaud Maumas.

Laurent Lunetta: Zombies landais: le triste bilan est un film de copains. On a tourné cela en été, un 15 et 16 août et l'ami avec qui j'ai fait ce film est décédé à l'issue du tournage. Le film fini lui est dédié et la première projection a été faîtes en son hommage.

S. L.: Zombie landais: le triste bilan est un faux reportage télé. Une espèce de parodie des reportages des chaînes régionales de France 3, tourné en vidéo...

L. L.: En fait, on a inventé une TV 40 qui est une fausse télé. C'est sensé être une télévision régionale. Là, le film passe à la Cinémathèque de Toulouse mais il n'est pas fait pour cela. C'est un film qui est calibré pour les buvettes des férias landaises et les fêtes du Sud Ouest. C'est vraiment un objet très bis, fait avec zéro franc, en vidéo, genre cinéma amateur.

S. L.: Film potache ?

L. L.: Complètement potache. Très con, très déconnant. Le film à été vraiment fait sous Kronenbourg, tourné en un jour et demie pour s'amuser avec des potes.

S. L.: Il y a quand même un clin d'oeil affirmé à la trilogie de George Romero (Le territoire des morts n'était pas encore sorti).

L. L.: Oui, c'est vrai. Au départ, avec mon ami Arnaud Maumas qui est décédé, nous sommes fans des films de zombies et plus particulièrement de la trilogie de Romero (La nuit des morts vivants, Zombies, Le jour des morts vivants) donc cela nous a amusé de faire un film de zombies adapté au folklore local du Sud Ouest. Comme on est tous les deux landais, cela nous intéressaient de déplacer tous les clichés liés aux films de morts vivants dans la culture locale, donc en les adaptant au rugby, au castrage du maïs, à la paysannerie... Le but était de faire un vrai film de zombies en version landaise mais sans se prendre au sérieux.

S.L.: Coté casting, les comédiens manquent sérieusement de crédibilité, surtout ceux qui jouent les paysans.

L. L.: (Rires). Je crois que dans ce film, rien n'est crédible. C'est vrai que les paysans sont des caricatures. Ils tiennent plus du cartoon que du documentaire. Comme c'est un film fait entre potes et que l'on a un copain qui nous a toujours fait rire avec ses imitations de paysans, on l'a pris car il imite très bien les pires expressions landaises hyper terroir. Cela n'a aucune crédibilité mais ce n'était pas trop le souci (rires).

S. L.: Il y a néanmoins un plan très réaliste. C'est celui où l'on voit un zombie basculer par dessus une clôture. J'ai l'impression que vous avez gardé ce plan parce que cela c'est vraiment passé sans être prévue. Est-ce le cas ?

L. L.: (Rires). Effectivement, ce n'est absolument pas une cascade. C'est un accident sans trucages ! (Rires). L'acteur était sensé faire un zombie qui avancait vers des humains et était retenue par une clôture en grillage. En fait, comme le comédien était assez corpulent, le grillage a cédé et l'acteur s'est vraiment viandé la gueule par terre. On n'a pas refait la prise et on l'a monté direct dans le film.

S. L.: Puisqu'il s'agit d'une co-réalisation, comment vous êtes vous partagés le travail ?

L. L.: On a écrit le scénario tous les deux en riant beaucoup en une nuit, puis sur le tournage, Arnaud, qui joue plusieurs rôles dans le film, s'occupait plutôt des comédiens et de la direction d'acteurs ou plutôt de la direction de zombies (rires), et moi, du cadre et de la caméra (un caméscope familial) et de tout ce qui se rapportait à l'image.

S. L.: Une remarque "sérieuse" sur le film. Même potache, il n'en véhicule pas moins un discours sur l'exclusion...

L. L.:  Oui, même si c'est assez prétentieux de dire cela. L'idée, c'était d'utiliser le film de zombies comme métaphore de toutes les formes d'exclusions, sauf qu'on a voulu le traiter de manière très rigolarde. Même si le film pose la question de l'exploitation des morts de façon potache, ce n'est pas tellement de la science-fiction. Il suffit de voir comment on réutilise l'image des stars décédées ou comment on peut exploiter les gens jusqu'à la corde. Le zombie nous sert d'image extrême et gaguesque pour parler de l'exploitation que l'on connaît chacun tous les jours et dont on a voulu parler de manière caricaturale, mais, en même temps, effectivement, cela se veut un discours là-dessus.

S. L.: Un petit mot sur les effets gore ?

L. L.: C'est des effets gore à deux francs. Comme tout le monde le sait, dans les Landes, on gave les canards pour faire du foie gras et ce qui nous amusaient beaucoup, c'était de faire une scène avec des paysans qui gavent des zombies pour faire du foie gras. Du coup, on a tourné ces scènes-là avec de gros entonnoirs et beaucoup de faux sang fabriqué avec du ketchup. Voila ! Mais c'est vraiment du gore amateur.

S. L.: Le film a été plutôt bien acceuillis lors de sa projection à la Cinémathèque de Toulouse. Vous attendiez vous à un pareil acceuil ?

L. L.: Très franchement, je n'imaginais pas qu'il puisse passer dans un endroit comme celui là parce qu'il n'est pas fait pour, mais en même temps, il y a eu des rires. Il faut dire qu'on est à Toulouse, donc il y a une proximité avec le Sud Ouest qu fait que l'humour percute. Par contre, je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait des applaudissements, même si il n'y en a eu que deux ou trois (rires) parce que je pense que le film ne les mérite pas.

S. L.: Le mot de la fin ?

L. L.: Faîtes des films de zombies chez vous ! Filmez vos grands parents, surtout si ils ne sont pas loin de la tombe (rires). J'ai l'air de déconner mais je dis cela sérieusement parce que j'ai moi-même filmé ma propre grand-mère et que je pense qu'on a chacun un vrai devenir zombie. Ce que je regrette, c'est qu'on ne voit plus trop ce genre de films. Même si les films de zombies sont toujours très déconnants, ce sont des films qui essayent de parler du rapport à la mort, alors qu'actuellement, les films font tout pour éviter d'en parler. Je pense qu'il est important de rire de la mort, c'est une façon de mieux s'y préparer.

 

Entretien réalisé dans le cadre de la 5° édition d'Extrême Cinéma.

 

 

 

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