Accueil Date de création : 24/05/08 Dernière mise à jour : 19/06/08 13:45 / 9 articles publiés

compte rendu Extrême Cinéma 2008  posté le samedi 24 mai 2008 21:59

extrême cinéma / festival / films décalés

    Connu pour son cassoulet et ses soirées SM, Toulouse abrite aussi en ses murs un certain nombre de festivals digne d'intérêt. Parmi eux, Extrême Cinéma, cousin éloigné du "defunt" Etrange Festival de Paris. Comme cela fait dix ans que la manifestation propose ses programmations déjantées, les organisateurs ont eu la bonne idée de concocter cette année un "menu best of" pour fêter ses dix bougies.

    Tout commence en 1992 quand quatre énergumènes unis comme les trente doigts des trois mousquetaires proposent à la Cinémathèque de Toulouse de revisiter ses collections films de façon transversale, en d'autres termes donner à voir des films "oubliés" par l'Histoire Officielle du cinéma. Quelques projections ont lieu. Deux ans plus tard le concept s'installe durablement dans les murs de la Cinémathèque de Toulouse à raison d'une projection hebdomadaire le samedi soir à 22h sous l'intitulé "Les Faubourgs du Cinéma". L'aventure durera cinq ans, proposant au fil des séances un ensemble de films hétéroclites. Revenge movies, westerns spaghettis, survivals, bandes érotiques 70's, courts métrages expérimentaux, nanars franchouillards, mondo movies, séries B et Z se succèdent sans ordre établi sans oublier les sagas (toute la serie Baby Cart y passera) et même au passage  (ça ne mange pas de pain) quelques grands classiques fantastiques de la période muette. Le public est au rendez-vous mais sensiblement différent du public habituel des lieux ce qui fera dire à Pierre Cadars  délégué général en place à l'époque: "Les Faubourgs, c'est la séance qui encanaille la Cinémathèque". 1999. L'idée d'avoir un nombre suivi de projections autour d'un thème fait son chemin. La manifestation Extrême Cinéma est née.

    La première édition (du 3 au 20 avril 1999) a pour thématique "Mondo réel". Outre les films science fictionelle de Paul Verhoeven (Robocop, Total recall, Starship Troopers) et trois pelloches d'Ed Wood Jr. (Glen or Glenda, Bride of the  monsterPlan nine from outer space)  misent  en  perspectives avec le bio-pic de Tim Burton, le tout saupoudré de quelques bizareries comme le Kung Fu Hara-Kiri de Yasuzo Mazumura (c'est un exemple parmi tant d'autre), cette première édition fait la part belle aux documentaires fictions, euh non, aux documentaires fictifs, euh non, toujours pas. Mondo movies peut-être ? Documentaires d'exploitation  ?  Documenteurs alors... Tout le propos d'Extrême Cinéma est là: voir au-delà des terminologies sans pour autant se prendre au sérieux.

    Ouverte par un ciné concert (une constante) d'un grand classique de 1922 qui fit couler beaucoup d'encre à sa sortie, (La sorcellerie à travers les âges de Benjamin Christensen), cette édition "Mondo réel"  proposait un large éventail filmique lié aux docs tant sur le fond que la forme  allant  du classique Terre sans pain de Luis Buñuel au roublard Exhibition 2 de Jean-François Davy en passant par l'incontournable Punishment Park de Peter Watkins ou le cynique Les négriers du duo Jacopeti/Prosperi.

    Les manifestations suivantes s'appuieront sur ce prototype, ajustant leur programmation en fonction des thèmes aux titres toujours très évocateurs, jugez plutôt: "Porno et pouvoir", "Monstueuse parade", "Rites d'amour et de mort", "Celluloïd chaos", "Le petit théâtre de la cruauté", "Cadavres exquis", "Freakshow" et "Mondo bizarro".

    En fonction de leurs disponibilités, quelques invités sont venu présenter leurs oeuvres,  pas forcement  récentes.  On  retiendra principalement sur ces dix ans Jean Rollin qu'on ne présente plus (La fiancée de Dracula, Le viol du vampire, les raisins de la mort), le new-yorkais Nick Zedd et ses courts métrages transgréssifs, Stéphane Bourgoin et ses entretiens filmés avec de vrais sérial killers, l'incontournable J.P. Bouyxou avec ses courts métrages de jeunesse, "des films de défoncé pour des spectateurs défoncés" aime-t-il à les qualifier, le sud africain Richard Stanley venu présenter ses réalisations dont le my(s)thique Dust devil dans une version personnelle tirée à ses frais ou encore le nîmois Antoine Pellissier (alias Docteur Gore) vrai toubib dans la vie qui alimente en tripailles fraîches ses films de zombies amateur en dispensant des consultations gratuites au directeur des abattoirs de Nîmes.

    C'est toutes les thématiques explorées au cours de sa décenie d'existence qu'Extreme Cinéma nous a fait revivre cette année grâce à cette dernière édition (du 14 au 26 mars 2008) intitulée si justement "Menu best of". Dix ans obligent, c'est avec une copie récemment restaurée de La sorcellerie à travers les âges (Häxan) de Christensen donné en ciné concert orchestré par le musicien éléctro GDZ que se sont ouvertes les hostilités. Le film, défendu ardemment en son temps par les Surréalistes n'a rien perdu de sa vigoureuse charge contre l'église catholique et la scène du vol des sorcières reste un pur moment de poésie malgré les moyens rudimentaires de l'époque.

    L'éclectisme de cette cuvée 2008 a donc permis aux spectateurs de voir (ou revoir) un certain nombre de pelloches sur grand écran parmi lesquelles on retiendra Messe noire (Evilspeak) de l'américain Eric Weston, film satanique à la production hanté, mettant en scène dans une école militaire un souffre douleur (Clint Howard, le frère de Ron) qui invoquera Satan par informatique pour assouvir sa vengeance.

    Pas d'infectés à Extrême mais quelques bons vieux zombies et morts-vivants: rareté pour une production Hammer, le politiquement engagé L'invasion des morts-vivants (Plague of the zombies) de John Gilling, précurseur du premier long de Romero, mais aussi, beaucoup plus fun et rock 'n' roll, Le retour des morts-vivants (The return of living dead) de Dan O' Bannon, idéal pour passer un bon moment.

    D'un tout autre genre, le Europa de Lars von Trier rappelait que le danois n'a pas fait que des films épurés à l'extrême (bientôt plus de décors, ni d'acteurs) et ce Europa se complaisait dans une boulimie esthétisante permettant à von Trier de rendre un vibrant hommage à ses maîtres, Carl Theodor Dreyer en tête. En relation avec cette projo était d'ailleurs présenté Pages arrachées au livre de Satan (Blade of Satans bog) que Dreyer tourna en 1920 dans le même studio d'Europa. Le coté propagandiste de la quatrième partie mis à part, le film fait preuve d'un lyrisme captivant et certains plans étaient déjà annonciateurs de Vampyr.

    Outre le Takashi Miike de rigeur présenté en clôture, The great Yokai war, film pour enfants interdit aux moins de 12 ans (Miike oblige), Extrême Cinéma nous a proposé aussi cette année deux séances spéciales. D'abord Empanas de pino, film vidéo d'un réal chilien, un certain Wincy, très influencé par le début de carrière de John Waters dont était proposé le Hairspray, histoire de laver l'affront du récent remeke profondément fadasse d'Alan Shankman. Avec son accumulation de provocations dérisoires mais doté d'un esprit généreux, Empanas de pino a été le film cannibale de cette édition. Ensuite, le doc vidéo Llik your idols de la réalisatrice Angélique Bosio qui retrace avec brio l'histoire du mouvement transgressif du New York underground des année Reagan à travers ses principaux acteurs (Richard Kern, Lydia Lunch, Nick Zedd entre autres) et des documents d'archives rares. Un film aussi éprouvant que passionnant.

    Pour l'anecdote, histoire de conclure, sachez que la séance du classique Deep throat de Gérard Damiano a affiché complet. Voila qui devrait ravir Christophe Bier, précédent invité du festival. Linda Lovelace doit encore frémir (de rage). Vivement l'année prochaine.

(Remerciements à Frank Lubet et Fred Thibaut)

        Stan Lubrick

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