Connu pour son
cassoulet et ses soirées SM, Toulouse abrite aussi en ses
murs un certain nombre de festivals digne d'intérêt.
Parmi eux, Extrême Cinéma, cousin
éloigné du "defunt" Etrange Festival de Paris. Comme
cela fait dix ans que la manifestation propose ses programmations
déjantées, les organisateurs ont eu la bonne
idée de concocter cette année un "menu best of" pour
fêter ses dix bougies.
Tout commence en
1992 quand quatre énergumènes unis comme les trente
doigts des trois mousquetaires proposent à la
Cinémathèque de Toulouse de revisiter ses collections
films de façon transversale, en d'autres termes donner
à voir des films "oubliés" par l'Histoire
Officielle du cinéma. Quelques projections ont lieu. Deux
ans plus tard le concept s'installe durablement dans les murs de la
Cinémathèque de Toulouse à raison d'une
projection hebdomadaire le samedi soir à 22h sous
l'intitulé "Les Faubourgs du Cinéma". L'aventure
durera cinq ans, proposant au fil des séances un ensemble de
films hétéroclites. Revenge movies, westerns
spaghettis, survivals, bandes érotiques 70's, courts
métrages expérimentaux, nanars franchouillards, mondo
movies, séries B et Z se succèdent sans ordre
établi sans oublier les sagas (toute la serie Baby
Cart y passera) et même au passage (ça
ne mange pas de pain) quelques grands classiques fantastiques de la
période muette. Le public est au rendez-vous mais
sensiblement différent du public habituel des lieux ce qui
fera dire à Pierre Cadars délégué
général en place à l'époque: "Les
Faubourgs, c'est la séance qui encanaille la
Cinémathèque". 1999. L'idée d'avoir un
nombre suivi de projections autour d'un thème fait son
chemin. La manifestation Extrême Cinéma est
née.
La
première édition (du 3 au 20 avril 1999) a pour
thématique "Mondo réel". Outre les films science
fictionelle de Paul Verhoeven (Robocop,
Total recall, Starship Troopers)
et trois pelloches d'Ed Wood Jr. (Glen or Glenda,
Bride of the monster, Plan
nine from outer space) misent en
perspectives avec le bio-pic de Tim Burton, le tout
saupoudré de quelques bizareries comme le Kung Fu
Hara-Kiri de Yasuzo Mazumura (c'est un exemple parmi tant
d'autre), cette première édition fait la part belle
aux documentaires fictions, euh non, aux documentaires fictifs, euh
non, toujours pas. Mondo movies peut-être ? Documentaires
d'exploitation ? Documenteurs alors... Tout le propos
d'Extrême Cinéma est là: voir au-delà
des terminologies sans pour autant se prendre au
sérieux.
Ouverte par un
ciné concert (une constante) d'un grand classique de 1922
qui fit couler beaucoup d'encre à sa sortie, (La
sorcellerie à travers les âges de Benjamin
Christensen), cette édition "Mondo réel"
proposait un large éventail filmique lié aux docs
tant sur le fond que la forme allant du classique
Terre sans pain de Luis Buñuel au roublard
Exhibition 2 de Jean-François Davy en
passant par l'incontournable Punishment Park de
Peter Watkins ou le cynique Les négriers du
duo Jacopeti/Prosperi.
Les
manifestations suivantes s'appuieront sur ce prototype, ajustant
leur programmation en fonction des thèmes aux titres
toujours très évocateurs, jugez plutôt: "Porno
et pouvoir", "Monstueuse parade", "Rites d'amour et de mort",
"Celluloïd chaos", "Le petit théâtre de la
cruauté", "Cadavres exquis", "Freakshow" et "Mondo
bizarro".
En fonction de
leurs disponibilités, quelques invités sont venu
présenter leurs oeuvres, pas forcement
récentes. On retiendra principalement sur ces
dix ans Jean Rollin qu'on ne présente plus (La
fiancée de Dracula, Le viol du
vampire, les raisins de la mort), le
new-yorkais Nick Zedd et ses courts métrages
transgréssifs, Stéphane Bourgoin et ses entretiens
filmés avec de vrais sérial killers, l'incontournable
J.P. Bouyxou avec ses courts métrages de jeunesse, "des
films de défoncé pour des spectateurs
défoncés" aime-t-il à les qualifier, le
sud africain Richard Stanley venu présenter ses
réalisations dont le my(s)thique Dust devil
dans une version personnelle tirée à ses frais ou
encore le nîmois Antoine Pellissier (alias Docteur Gore) vrai
toubib dans la vie qui alimente en tripailles fraîches ses
films de zombies amateur en dispensant des consultations gratuites
au directeur des abattoirs de Nîmes.
C'est toutes les
thématiques explorées au cours de sa décenie
d'existence qu'Extreme Cinéma nous a fait revivre cette
année grâce à cette dernière
édition (du 14 au 26 mars 2008) intitulée si
justement "Menu best of". Dix ans obligent, c'est avec une copie
récemment restaurée de La sorcellerie
à travers les âges (Häxan) de
Christensen donné en ciné concert orchestré
par le musicien éléctro GDZ que se sont ouvertes les
hostilités. Le film, défendu ardemment en son temps
par les Surréalistes n'a rien perdu de sa vigoureuse charge
contre l'église catholique et la scène du vol des
sorcières reste un pur moment de poésie malgré
les moyens rudimentaires de l'époque.
L'éclectisme de cette cuvée 2008 a donc permis aux
spectateurs de voir (ou revoir) un certain nombre de pelloches sur
grand écran parmi lesquelles on retiendra Messe
noire (Evilspeak) de l'américain Eric Weston, film
satanique à la production hanté, mettant en
scène dans une école militaire un souffre douleur
(Clint Howard, le frère de Ron) qui invoquera Satan par
informatique pour assouvir sa vengeance.
Pas
d'infectés à Extrême mais quelques bons vieux
zombies et morts-vivants: rareté pour une production Hammer,
le politiquement engagé L'invasion des
morts-vivants (Plague of the zombies) de John Gilling,
précurseur du premier long de Romero, mais aussi, beaucoup
plus fun et rock 'n' roll, Le retour des
morts-vivants (The return of living dead) de Dan O'
Bannon, idéal pour passer un bon moment.
D'un tout autre
genre, le Europa de Lars von Trier rappelait que
le danois n'a pas fait que des films épurés à
l'extrême (bientôt plus de décors, ni d'acteurs)
et ce Europa se complaisait dans une boulimie
esthétisante permettant à von Trier de rendre un
vibrant hommage à ses maîtres, Carl Theodor Dreyer en
tête. En relation avec cette projo était d'ailleurs
présenté Pages arrachées au livre de
Satan (Blade of Satans bog) que Dreyer tourna en 1920 dans
le même studio d'Europa. Le coté
propagandiste de la quatrième partie mis à part, le
film fait preuve d'un lyrisme captivant et certains plans
étaient déjà annonciateurs de
Vampyr.
Outre le Takashi
Miike de rigeur présenté en clôture,
The great Yokai war, film pour enfants interdit
aux moins de 12 ans (Miike oblige), Extrême Cinéma
nous a proposé aussi cette année deux séances
spéciales. D'abord Empanas de pino, film
vidéo d'un réal chilien, un certain Wincy,
très influencé par le début de carrière
de John Waters dont était proposé le
Hairspray, histoire de laver l'affront du
récent remeke profondément fadasse d'Alan Shankman.
Avec son accumulation de provocations dérisoires mais
doté d'un esprit généreux, Empanas de
pino a été le film cannibale de cette
édition. Ensuite, le doc vidéo Llik your
idols de la réalisatrice Angélique Bosio qui
retrace avec brio l'histoire du mouvement transgressif du New York
underground des année Reagan à travers ses principaux
acteurs (Richard Kern, Lydia Lunch, Nick Zedd entre autres) et des
documents d'archives rares. Un film aussi éprouvant que
passionnant.
Pour l'anecdote,
histoire de conclure, sachez que la séance du classique
Deep throat de Gérard Damiano a
affiché complet. Voila qui devrait ravir Christophe Bier,
précédent invité du festival. Linda Lovelace
doit encore frémir (de rage). Vivement l'année
prochaine.
(Remerciements à Frank Lubet
et Fred Thibaut)
Stan Lubrick